I
Elle :
..............ÉLÉGIE II
D'un tel vouloir le serf point ne désire
La liberté, ou son port le navire,
Comme j'attends, hélas! de jour en jour
De toi, ami, le gracieux retour.
Là j'avais mis le but de ma douleur,
Qui finirait quand j'aurais ce bonheur
De te revoir; mais de la longue attente,
Hélas ! en vain mon désir se lamente.
(...)
Tu es, tout seul, tout mon mal et mon bien ;
Avec toi tout, et sans toi je n'ai rien ;
Et, n'ayant rien qui plaise à ma pensée,
De tout plaisir me trouve délaissée,
Et, pour plaisir, ennui saisir me vient,
Le regretter et pleurer me convient,
Et sur ce point entre en tel déconfort
Que mille fois je souhaite la mort.
Ainsi, ami, ton absence lointaine
Depuis deux mois me tient en cette peine,
Ne vivant pas, mais mourant d'un amour
Lequel m'occit dix mille fois le jour.
Reviens donc tôt, si tu as quelque envie
De me revoir encore un coup en vie.
(...)
Louise Labé
Elle
:
..Je t'aime tant !
..Je te rêve des nuits éclatantes d'étoiles, des
soleils sans nuage et sans brouillard. Je t'invente des contes plus beaux et
plus fabuleux que les contes de mes fées, trop vieilles et fatiguées. Je te
compose jour après jour une symphonie d'amitiés belles et tendres au coeur desquelles
tu pourras puiser la vie.
..Je t'aime tant !
..Mais ton bonheur égratigne le mien. Ta liberté
m'envahit, sans égard pour la mienne. Ton temps s'empare du mien, sans gêne,
sans remords. Mes rires passent par les tiens et tes larmes coulent de mes yeux.
Mes rêves s'accrochent à tes rêves.
..Je t'aime tant que je n'existe plus. Me faudra-t-il
ensevelir tout ce qui était moi ? Me faudra-t-il oublier mes avenirs à moi,
mes bonheurs à moi, mes larmes à moi.?
..Claude, fais-moi une place !
..Je te garderai la tienne, toujours.
..Louise Simard
Description : Rythmes de Femme. Un récit-bilan
qui veut témoigner, à sa façon, de l'expérience d'être mère.
Elle :
LETTRE
XV de JULIE à St.Preux.
..Il est important, mon ami, que nous nous séparions pour quelques temps, et c’est ici la première épreuve de l’obéissance que vous m’avez promise. Si je l’exige en cette occasion, croyez que j’en ai des raisons très fortes : il faut bien, et vous le savez trop, que j’en aie pour m’y résoudre ; quant à vous, vous n’en avez pas besoin d’autre que ma volonté.
..Il y a longtemps que vous avez un voyage à faire en Valais[25]. Je voudrais que vous pussiez l’entreprendre à présent qu’il ne fait pas encore froid. Quoique l’automne soit encore agréable ici, vous voyez déjà blanchir la pointe de la Dent-de-Jamant[c], et dans six semaines je ne vous laisserais pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir dès demain : vous m’écrirez à l’adresse que je vous envoie, et vous m’enverrez la vôtre quand vous serez arrivé à Sion. [p. 66]
..Vous n’avez jamais voulu me parler de l’état de vos affaires ; mais vous n’êtes pas dans votre patrie[26] ; je sais que vous y avez peu de fortune et que vous ne faites que la déranger ici, où vous ne resteriez pas sans moi. Je puis donc supposer qu’une partie de votre bourse est dans la mienne, et je vous envoie un léger acompte dans celle que renferme cette boîte qu’il ne faut pas ouvrir devant le porteur. Je n’ai garde d’aller au devant des difficultés, je vous estime trop pour vous croire capable d’en faire.
..Je
vous défends, non seulement de retourner sans mon ordre, mais de venir nous
dire adieu. Vous pouvez écrire à ma mère ou à moi, simplement pour nous avertir
que vous êtes forcé de partir sur le champ pour une affaire imprévue, et me
donner, si vous voulez quelques avis sur mes lectures, jusqu’à votre retour.
Tout cela doit être fait naturellement et sans aucune apparence de mystère.
Adieu, mon Ami, n’oubliez pas que vous emportez le cœur et le repos de Julie.
..Julie
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