Chansons ou Films
Histoire
Pour les Gis qui débarquent au Japon à l'automne 1945, l'occupation est une mission plutôt agréable après quatre années de durs combats. Le tube japonais de l'après-guerre est une chanson à l'occidentale intitulée : Nuits chinoises. Les filles japonaises sont amicales mais chastes. Parmi les nombreux américains venus au Japon se trouve une équipe de tournage dépêchée par les autorités militaires pour filmer la réalité de la défaite japonaise. Le chef de l'équipe est le lieutenant Daniel McGovern. 38 ans après, il se souvient encore très bien de l'ordre abrupt que lui a donné le commandant de l'armée de l'air le Général Orby A. Anderson. "McGovern m'a dit : Vous allez là-bas et vous filmez ça de près. J'ai besoin de vous pour témoigner sur le Japon avant que l'herbe n'y reverdisse." Le Général Anderson a donné aisni le coup d'envoi à l'un des films documentaires de guerre les plus complets sur la deuxième guerre mondiale. Titre de travail : Le Japon vaincu. L'équipe de tournage dispose de son propre train au nom de code : Gaspard. Une capacité d'hébergement de quatorze personnes, un wagon restaurant, cinq wagons réservés à l'équipement et aux projecteurs, un style tout à fait hollywoodien. L'équipe est d'ailleurs du meilleur cru hollywoodien. Considéré comme l'un des meilleurs cameramen du Japon, Harry Mimera a travaillé pour la MGM avant la guerre. Daniel McGovern, génial Américain de souche irlandaise a lui aussi travaillé à Hollywood. Ce géant d'1.90 m a tourné les images de Memphis Belle, célèbre documentaire sur les bombardiers américains, produit par William Tyler. Pendant quelque temps, l'officier commandant sur le tournage de Memphis Belle est un jeune acteur. Son nom : Ronald Reagan. Dans le train se trouve également le colonel Daniel Dyward, des Services secrets militaires et Herbert Sussan, un jeune auteur et réalisateur qui travaillera plus tard pour la Columbia à Hollywood. "-Ma visite à Nagasaki a changé ma vie. -Quelle a été votre première impression ? -J'ai été surpris, puis choqué. Quand le train a passé la montagne pour descendre dans la vallée du Ragami, là où la bombe était tombée, c'était une scène de destruction absolue. Je n'avais rien vu de pareil pendant toute la guerre. Des milliers de gens avaient vécu dans ces maisons. Il ne restait rien, à part quelques tuiles bosselées. Les structures en bois, si typiques des maisons japonaises avaient disparues. Au sommet des collines, on apercevait quelques ruines. Tout était gris comme si on avait enlevé les couleurs, gris et rouille. Toute la beauté était partie. Comme le train traversait lentement la vallée, j'ai vu, en haut d'une colline, les restes de ce qui avait été une cathédrale. C'était comme si une main géante avait tout simplement balayé le bâtiment. -Vous aviez sans doute déjà vu des villes bombardées ? -Oui, bien sûr. -Qu'est-ce qui différencie Hiroshima et Nagasaki des autres villes bombardées ? -C'était mille fois pire. Il ne restait rien comme après un gigantesque raz-de-marée. Tout ce qui se trouvait sur son passage avait été rasé." Plusieurs semaines après l'explosion de la bombe, Daniel McGovern rencontre à Hiroshima des survivants en état de choc. Les gens n'avaient pas encore réalisé l'ampleur de la catastrophe. Le matin du 6 août 1945 était un matin comme les autres. A 8h14, la plupart des gens étaient chez eux ou se rendaient au travail. A 8h15, une minute plus tard, leur ville avait disparu, 300 000 blessés, 130 000 morts. Personne ne comprenait au juste ce qui s'était passé. On ne peut accéder qu'à pied au monde extérieur. Tous les moyens de communication sont hors d'usage. La caméra de Daniel McGovern montre une ville dont les bâtiments ont été détruits à 92% (quatre-vingt-douze pour cent). Nagasaki, une grande ville sur la côte a été touchée trois jours plus tard. Un B29 largue une bombe atomique, nom de code : Fatman, d'une puissance équivalente à 22 000 tonnes de TNT. Fatman explose à 500 mètres au-dessus du sol. La pression sur les maisons devait atteindre dix tonnes par mètre carré. Sur les 270 000 habitants que compte Nagasaki 150 000 sont tués ou blessés le matin où la bombe est tombée.
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"La chaleur sous l'explosion a été si intense que personne n'a survécu dans cette zone. Il y a bien eu quelques survivants à la périphérie mais ils souffraient de brûlures atroces. Personne ne savait comment les traiter parce qu'elles avaient été provoquées par la bombe atomique en moins d'une seconde. C'est au-delà de tout ce qu'on peut imaginer." Il est quasiment impossible de soigner les blessés. Le film montre les dégâts causés par la bombe. A Hiroshima, elle a explosé directement au-dessus de l'hôpital Tsi. Les trente-deux postes de premiers secours de la ville sont détruits tout comme les dix-huit hôpitaux. 90% (quatre-vingt-dix pour cent) du personnel hospitalier sont morts ou blessés. Les 10% (dix pour cent) restants se sont enfuis ou ont disparu dans le chaos. Dans un des rares hôpitaux encore opérationnels, huit médecins et huit infirmières doivent soigner plus de 10 000 personnes. "Tous les hôpitaux sont détruits. Ils n'ont plus que des lits de camp de fortune, des crèches pour les bébés et des couvertures. Les familles s'occupent elles-mêmes des patients, leur préparent les repas." Le film de McGovern montre dans quelles conditions primitives se déroulent les opérations sans anesthésie. "J'ai rarement vu des Japonais pleurer mais ils souffraient beaucoup. Je me souviens de certains cas de brûlures, en particulier d'un jeune homme qui était couché sur un lit de camp dans une flaque de pénicilline qui avait été fournie par le gouvernement des Etats-Unis. Il n'était plus qu'une masse de chair palpitante. Il était allongé sur le ventre et son dos ressemblait à une masse de tomates en ébullition. J'avais 24 ans à l'époque. Je n'avais encore jamais rien vu de pareil. C'était la chose la plus horrible, la plus terrifiante que je n'aie jamais vue. Je ne savais vraiment pas comment je pourrais filmer ça et survivre au choc émotionnel. Finalement je me suis dit que ces images pouvaient avoir pour le reste du monde une valeur de témoignage sur les ravages causés par ces bombes." |
-Un Américain ? -Oui, un Américain. -qui prélevait l'or et l'argent sur les cadavres... -Oui, oui. C'est l'une des choses les plus dégoûtantes que j'aie pu voir. Si j'en avais eu la possibilité, je l'aurais tabassé. " En été 1946, le travail touche à sa fin. Neuf heures de film ont été tourné sur Hiroshima et Nagasaki. L'équipe est venue dans les deux villes en mission militaire mais quand les hommes repartent leur attitude a changé. "Je ne me sentais plus en mission militaire. Je pensais qu'il fallait raconter cette histoire. Si on ne montrait pas ces images au monde, personne ne saurait jamais ce qui s'était vraiment passé." Quand l'équipe a quitté le Japon, il était entendu que la Warner Brother de Hollywood allait diffuser le documentaire mais il en a été décidé autrement. "on m'a donné l'ordre de rentrer mais d'une façon très étrange parce qu'on ne m'a pas permis de quitter l'avion pendant mon retour depuis Tokyo, un vol de 60 heures avec de nombreuses escales. Quand je suis finalement arrivé à Washington, j'ai appris que le film avait été classé "Top Secret" par le Pentagone. En tant que militaire, je devais obéir aux ordres. Je ne pouvais pas dire à mes supérieurs ce qu'ils devaient faire avec le film. Si le film est classé "Top Secret", alors il est classé. Il n'y a pas à discuter. J'étais très déçu. Alors, je me suis désintéressé du projet et puis, j'avais d'autres tâches à remplir dans l'armée." Herbert Sussan, lui, quitte l'armée. Au cours des vingt ans qui suivront, il tentera de retrouver son film. "La seule réponse que j'obtenais était que le film était utilisé à des fins militaires et qu'un document aussi technique n'avait pas d'intérêt pour le public. Comme il avait été classé "Top Secret" je n'ai pas eu accès à ce film pendant toute ma vie professionnelle. J'avais aussi d'autres choses à faire. J'avais une famille et un métier. Mais à chaque fois que je pensais pouvoir mettre la main dessus, je me retrouvais devant un mur." Au début des années soixante, les militaires de Washington font transférer les images de McGovern d'une base aérienne de l'Ohio dans le coffre fort des Archives Nationales. C'est là qu'elles reposeront les vingt années suivantes. Un jour Herbert Sussan parle de son film à un ami japonais et réussit à obtenir la levée du secret. C'est en 1983. Depuis les années où le film a été tourné, les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki ont continué à faire de nombreuses autres victimes. Les survivants de l'enfer ont 18 fois plus de chances d'être atteints de leucémie que la moyenne. De nombreux Américains qui avaient visité les deux villes ont souffert plus tard de cancer. Un scientifique américain a écrit peu de temps avant sa mort : C'est comme la malédiction qui frappa Lord Carnavon, lorsqu'il viola le tombeau du Pharaon Toutankhamon en Egypte. Un membre de l'équipe de tournage est déjà mort du cancer. Daniel McGovern a un cancer de la peau et Herbert Sussan, qui avait 24 ans lorsqu'il visita Nagasaki, est atteint aujourd'hui à 62 ans d'un cancer apparemment incurable. "Je souffre d'un cancer des ganglions lymphatiques, une forme de cancer très courante chez les survivants de Nagasaki et Hiroshima. Il apparaît en général au bout de trente-cinq ans, exactement comme chez moi. Je ne peux plus faire ce que je faisais. Je ne peux plus faire de projets. Il me reste peut-être deux ans, maximum cinq ans à vivre." Fin de mission pour Herbert Sussan. Le film de Daniel McGovern n'est pas complet. Le son a été perdu au cours de ces trente-huit années. Tout ce qu'il en reste, c'est un enregistrement sonore plein de craquements de la messe de Noël de 1945 célébrée dans la cathédrale détruite de Nagasaki, la scène préférée de Daniel McGovern. P.S. (Post Scriptum) 1995 à l'expédition hollywoodienne au Japon dont les bobines avaient été reléguées dans un coffre fort par les autorités américaines en 1947. Il aura fallu attendre 1984 pour que ce film soit enfin rendu public. Dans l'intervalle, Herbert Sussan et Daniel McGovern sont morts des suites de leur mission à Hiroshima et Nagasaki. FIN Emission ARTE
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Le film décrit une lésion particulière consécutive aux explosions atomiques. 90 jours après l'explosion, les victimes développent des formations cutanées typiques, des cicatrices à l'aspect de caoutchouc brillant. La douleur et les démangeaisons sont terribles. "Ils étaient atrocement défigurés. Certains visages semblaient s'être liquéfiés dans un moment d'horreur avant de se figer à nouveau. Je n'arrivais pas à imaginer comment ces gens, si jamais ils survivaient, pourraient reprendre une vie normale." En cet hiver 1945-1946, la maladie et l'infirmité atteignent, à Hiroshima et à Nagasaki, des proportions que la science n'a encore jamais connues. Plusieurs mois après la bombe, les habitants développent des maladies des yeux qui rendent aveugles. On appelle cela la cataracte atomique, une infirmité provoquée par l'irradiation. De nombreuses victimes qui ont survécu à la première onde de chaleur meurent à petit feu impuissantes, encore une des conséquences des radiations atomiques, inconnue à l'époque. "Ils me faisaient penser à des animaux malades. Pour les voir, il suffisait de monter dans les collines. Ils étaient assis là dans les buissons comme morts, les yeux fixés sur toi. Certains saignaient par des plaies sur tout leur corps. Ils étaient chauves ou perdaient leurs cheveux, portaient des brûlures ou des cicatrices." Pour les scientifiques, les survivants constituent des cas idéaux. Leurs lésions sont soigneusement mesurées et photographiées. Hiroshima et Nagasaki ont été choisies par les Américains parce que ces villes n'ont encore jamais été bombardées jusqu'alors. Elles se prêtent ainsi particulièrement bien à l'étude des effets de la nouvelle arme. Parmi les scientifiques se trouve aussi une mission britannique. Le jeune Jacob Ronovski fait partie de la délégation qui arrive en novembre. Le rapport de mission indique que le nombre de morts dans la seule ville d'Hiroshima est supérieur à celui des victimes de tous les bombardements en Angleterre. Trois mois après l'explosion, la délégation trouve encore des squelettes. Ceux qui fouillent les ruines de Nagasaki et d'Hiroshima ne sont pas tous des scientifiques. Il y a aussi des charognards. Daniel McGovern ne l'oubliera jamais. "C'est une chose qui m'a profondément révolté et dont je ne veux pas parler. Un être humain était là, avec deux petits sacs de cuir attachés à sa chemise. Dans l'un, il mettait l'argent et dans l'autre, l'or. Et il extrayait l'argent et l'or des crânes. J'ai vu ça de mes yeux. -Qui était-ce ? -Je ne sais pas. Un officier de l'armée, je crois.
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Désolation et mort : Hiroshima-Nagasaki Genre : Document en français de ARTE - Durée : 18'44"
Pays : France-Allemagne-Etats-Unis
Résumé : Reportage américain sur les effets de la bombe atomique juste aprés son explosion à Hiroshima et à Nagasaki. |
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